Sommet Social: à l’heure de la récession, des micro-mesures en faveur de l’emploi

Lors du sommet social du 18 janvier, Nicolas Sarkozy est resté évasif sur ses projets de TVA sociale et de contrat de compétitivité, se contentant d’annoncer des mesures en apparence consensuelles de soutien au chômage partiel et à l’emploi des jeunes. Mais ces décisions sont en réalité très insuffisantes et attestent d’une prise en compte tardive de l’aggravation de la crise sociale que nous connaissons depuis le printemps dernier.

 Une réaction trop tardive

 Alors que le marché du travail français n’a pas encore absorbé la crise de 2008-2009, qui a détruit près de 500 000 emplois, c’est une nouvelle tempête qui se lève depuis l’été, avec le ralentissement de l’activité. Le chômage a atteint son plus haut niveau depuis douze ans, et depuis le mois d’avril, il a repris sa course, avec 175 000 demandeurs d’emploi de plus inscrits en catégorie A.

Ainsi, les annonces du chef de l’Etat en faveur du travail partiel et de l’emploi des jeunes apparaissent bien tardives. Dès l’automne dernier le gouvernement aurait dû réagir pour proposer des mesures visant à dynamiser et à préserver l’emploi. C’est au contraire la politique d’austérité et la préservation de la note financière de la France qui ont focalisé toute l’attention des pouvoirs publics.

 Des moyens inadaptés

 Alors qu’une récession se profile, les mesures annoncées paraissent par ailleurs limitées (430 millions d’euros). Ces annonces, qui réactivent des dispositifs lancés en 2009 puis éteints, auraient dû engager les pouvoirs publics à des niveaux supérieurs à ceux de 2009, car le stock d’emplois détruits et de demandeurs d’emploi dépasse ce qu’on connaissait à l’époque. Or, les 100 millions d’euros débloqués pour le chômage partiel sont bien inférieurs aux 610 millions consacrés à cette politique en 2009, qui n’avaient pourtant concerné au  maximum que 275 000 salariés. Ils sont surtout limités au regard des efforts mis en œuvre par l’Allemagne (6 milliards d’euros en 2009 pour 1,5 million de salariés), efforts couronnés de succès.

 Une approche partielle alors qu’un véritable soutien à la croissance et aux politiques de reconversion est aujourd’hui nécessaire

 Aider les entreprises à maintenir les emplois est indispensable, mais cela ne suffit pas. C’est d’abord la croissance elle-même qu’il convient de soutenir, ce qui nécessite de sortir de l’approche par l’austérité. Il faut aussi remettre notre système d’aide sociale en capacité d’amortir la crise comme il a pu le faire en 2008-2009. En ce sens, la suppression des exonérations des heures supplémentaires et l’affectation de ces crédits au chômage partiel et à la politique de l’emploi seraient un signal fort d’une prise de conscience de l’urgence de la situation.

En troisième lieu, la formation des chômeurs doit effectivement accroître les compétences disponibles, ce qui suppose d’orienter ces actions sur des compétences transversales, transférables et qui seront les compétences demandées par le marché du travail demain. Cela nécessite aussi d’arrêter les jeux de rôle à trois bandes contre les régions et contre les partenaires sociaux, illustrés par les ponctions régulières du fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels.

A retenir :
  • Les mesures urgentes étaient dans les cartons et auraient dû être mises en œuvre depuis l’automne, en prenant l’argent sur les exonérations des heures supplémentaires;
  • C’est l’ensemble de la politique conjoncturelle de l’emploi qui n’est pas à la hauteur des enjeux depuis l’aggravation de la crise au printemps dernier;
  • En ne luttant pas à tout prix contre la dégradation du capital humain et des compétences des actifs, occupés ou chômeurs, ce sont les capacités structurelles du marché du travail à faire face aux enjeux de demain qui se trouvent amoindries
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