Discours du Bourget : utiliser le levier de la classe moyenne pour relancer l’économie française

Le candidat socialiste a dévoilé dimanche  les principales orientations de son programme présidentiel, annonçant une double rupture politique et économique. A travers des mesures clé en matière de fiscalité, de logement, d’éducation et d’emploi, il a posé les fondements d’une alternance économique qui associe discipline budgétaire et soutien aux classes moyennes. Cette politique, qui semble la seule pertinent au contraire des politiques d’austérité défendues par N. Sarkozy et F. Bayrou, doit permettre de surmonter durablement la crise économique en reconstituant un relais essentiel de la croissance économique: le pouvoir d’achat et l’investissement des ménages.

Le discours du Bourget a marqué une rupture vis-à-vis du discours économique dominant incarné par les candidats du centre droit et de la droite républicaine. Après un quinquennat caractérisé par des transferts considérables de richesses au profit du pouvoir financier et des ménages les plus aisés et des plans d’austérité qui sont venus aggraver la situation des classes moyennes, cette rupture était nécessaire. Au delà des arguments politiques qui veulent qu’une démocratie privilégie la majorité de ses citoyens et non les plus influents, c’est la rationalité économique qui justifie le discours du Bourget.

En effet, le soutien aux classes moyennes doit permettre de rétablir la confiance des ménages et le pouvoir d’achat de ceux dont la propension à consommer est la plus élevée. Alors que les politiques d’austérité affectent à moyen terme la demande intérieure des ménages et sont récessives par nature, il est possible d’envisager des stratégies économiques alternatives, qui associent discipline budgétaire et mesures ciblées de soutien à la croissance en direction des ménages à revenus moyens et faibles.

Ainsi, les réformes annoncées dimanche par le candidat socialiste laissent augurer d’une nouvelle dynamique économique. A partir d’une réforme fiscale incluant une fusion progressive IR/CSG, le plafonnement des niches fiscales, la création d’une nouvelle tranche supérieure de l’impôt sur le revenu, la suppression des récents allègements de l’impôt sur la fortune, une taxe sur les transactions financières et un nouveau prélèvement écologiques aux frontières, François Hollande entend générer des recettes fiscales pour réduire les déficits tout en épargnant les classes moyennes.

Cette approche permettra également de financer des mesures de soutien à la croissance qui pourraient s’avérer payantes, comme la création de 150 000 emplois d’avenir et l’allocation d’autonomie sous conditions de ressources. Dans le même temps, l’effort qui sera fourni en matière de logement, avec la mise à disposition de l’ensemble des terrains de l’État à disposition des collectivités locales, le soutien à la construction de logements sociaux et l’encadrement des loyers, permettra de soulager cette part croissante de nos concitoyens qui est confrontée à des difficultés pour se loger.

En soutenant la très grande majorité des ménages français, la politique que propose François Hollande permettra aussi de faciliter le processus de réformes en cours. Elle rendra possible leur acceptation. Les études économiques soulignent combien le sentiment d’injustice peut être un facteur d’inertie politique. Rétablir la justice fiscale et donner une chance à chacun(e) – et notamment aux jeunes – constituent donc un préalable à la mise en œuvre des réformes structurelles. Cette nouvelle approche permettra de restaurer la confiance que nous devons avoir dans notre gouvernement pour accepter les sacrifices que la crise impose.

Dans cette perspective, la mise au pas de la finance est une composante essentielle du projet du candidat socialiste. A travers des réformes attendues depuis le début de la crise, telle que la taxation effective des transactions financières et l’égalisation des prélèvements obligatoires sur les revenus de la finance et du travail, François Hollande entend montrer que chacun désormais devra pleinement contribuer à l’effort national de redressement des comptes publics.  En annonçant également la séparation des activités bancaires de crédit et d’investissement et la suppression des stocks options, il annonce par ailleurs une marginalisation de la spéculation et le rétablissement de pratiques financières plus rationnelles et plus justes.

A retenir:

  • Le discours du Bourget marque une rupture vis-à-vis des politiques d’austérité et de la logique de la droite car il place les classes moyennes au cœur de la reprise économique.
  • Il pose les bases d’une nouvelle approche alliant réduction des déficits, justice fiscale et mesures ciblées de soutien à la croissance à destination des classes moyennes.
  • Cette approche est pertinente car elle joue sur des leviers importants de la croissance, notamment sur le rétablissement de la confiance et du pouvoir d’achat des ménages,  qui constituent l’essentiel de la demande intérieure de notre pays.
  • Associée à des mesures vigoureuses pour mettre au pas les pratiques irrationnelles et injustes du secteur financier, elle offre la possibilité du changement. C’est en effet du sentiment de justice que naît le soutien collectif aux réformes.
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