Politique économique: pourquoi la candidature Sarkozy n’est pas crédible

A l’heure où l’économie française rentre en récession, citoyens, consommateurs et investisseurs attendent de l’élection présidentielle qu’elle désigne le plus crédible des décideurs publics à la tête de l’État. L’analyse économique retient trois critères principaux pour définir la crédibilité: cohérence entre paroles et actions, fiabilité des engagements dans le temps et capacité à atteindre ses objectifs. Sur ces trois plans, la candidature Sarkozy souffre d’un déficit majeur, lié aux échecs du quinquennat qui s’achève.

Une parole qui n’engage pas des actes

 Qui peut encore croire les engagements du président sortant? Cette question est essentielle car les engagements du Chef de l’État sont au cœur du processus de réforme économique. Ils doivent pouvoir mobiliser citoyens, entrepreneurs et administration autour d’une vision commune. Or, Nicolas Sarkozy a perdu depuis plusieurs années la confiance des agents économiques tant le décalage entre ses paroles et ses actions est important. Taxe carbone, responsabilisation du capitalisme financier, plan Marshall de la formation pour les jeunes des banlieues, réduction de la dette publique à 60% du PIB, hausse du pouvoir d’achat…ses promesses sont restées pour la plupart lettre morte. Ainsi, pour 73% des français (1), Nicolas Sarkozy n’aura pas tenu ses promesses de campagne durant son quinquennat. Sa capacité à mobiliser le pays autour de nouvelles réformes, dans l’hypothèse d’une éventuelle réélection, semble donc fortement amoindrie.

Une réputation financière mise à mal

Autre déficit de crédibilité: la cohérence dans le temps des engagements. Dans ce domaine, les atermoiements  budgétaires depuis cinq ans ont mis à mal la crédibilité financière du candidat Sarkozy et jeté un doute légitime sur sa capacité à gérer dans la durée les intérêts de la cinquième puissance économique mondiale.

Ainsi, c’est sous la présidence Sarkozy que s’aggrave le différentiel de déficits publics entre la France et l’Allemagne. Bien avant le début de la crise, le président sortant multiplie les cadeaux fiscaux et les dépenses, somptuaires notamment, sans s’assurer que celles-ci sont financées par des recettes nouvelles. Ce laxisme budgétaire, qui se traduit à partir de 2009 par des déficits inédits depuis 1947, a nourri la défiance de la communauté financière et contribué à la dégradation de la note financière de notre pays en janvier 2012. Il a surtout souligné les limites du candidat Sarkozy à penser et mettre en œuvre une stratégie économique viable.

 De lourdes erreurs de diagnostic 

La crédibilité économique se juge enfin à la capacité à atteindre les objectifs fixés en amont. Si la crise économique mondiale et ses répercussions sur l’économie française ne peuvent être imputées à Nicolas Sarkozy, la gestion de la crise a révélé des erreurs de diagnostic importantes. La récession actuelle est le fruit de ces erreurs autant que de la crise européenne. Mettant l’accent sur la baisse du coût du travail et sur l’austérité fiscale, Nicolas Sarkozy a négligé les politiques de soutien à la croissance, notamment à destination des classes moyennes, et le renforcement de la compétitivité hors-prix de notre économie. Il a participé à imposer cette politique aux pays européen fragiles, plongeant aujourd’hui la Grèce mais aussi le Portugal dans la spirale de la dépression.

Ces choix, qui reposent sur postulats économiques contestés depuis longtemps, posent la question de la crédibilité du président sortant sur le terrain de la stratégie économique. Devant une telle absence de résultats et sachant que le candidat ne parvient pas à considérer des alternatives économiques aux politiques qu’il a déjà mises en œuvre, peut-on avoir confiance dans sa capacité à porter le redressement économique de notre pays au cours du prochain quinquennat?

A retenir

  • Si Nicolas Sarkozy devait être réélu sa capacité à réformer serait limitée car sa crédibilité aux yeux des agents économiques est réduite;
  • Le décalage répété entre ses paroles et ses actions a réduit l’impact  de ses engagements et soulevé un scepticisme difficilement compatible avec la mobilisation nécessaire aux réformes;
  • Le laxisme budgétaire du quinquennat qui s’achève a jeté un doute légitime sur la capacité du candidat à gérer dans la durée les intérêts économiques d’une grande puissance;
  • La multiplication des erreurs de diagnostic du président sortant sur les causes de la crise a aggravé ses répercussions sur notre économie et mis en évidence son incapacité à répondre aux défis du temps présent.
(1) Sondage Opinion Way pour Terra Nova, en partenariat avec le Nouvel Observateur, janvier 2012
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