Pourquoi les marchés financiers acceptent les réformes du programme de François Hollande

François Hollande n’a pas ménagé la finance depuis le début de sa campagne, présentant un programme ambitieux pour mieux la réguler. Cependant, celle-ci ne semble pas lui en tenir rigueur et ne montre pas de signe d’inquiétude vis-à-vis d’une possible alternance. Ce qui ressemble beaucoup à un vote implicite de confiance.

  »Si la finance est l’adversaire, il faudra l’affronter avec nos moyens… » Le candidat Hollande a annoncé dès le premier jour de sa campagne son intention de mettre au pas la finance. Il a présenté des mesures fortes touchant directement le secteur bancaire (séparation des activités de dépôt et de spéculation, interdiction d’exercer dans les paradis fiscaux) et la rémunération des opérateurs de marché (encadrement des bonus et interdiction des stock options), et indirectement l’ensemble de ceux qui ont des revenus financiers importants. Ainsi la réforme fiscale – et notamment la soumission de ces revenus au barème de l’impôt sur le revenu- vient compléter dans son programme les mesures bancaires pour mettre au pas la finance.

Pourtant, les marchés restent calmes. Malgré les menaces brandies par le candidat sortant d’une grave crise financière, les indices boursiers français demeurent stables et le coût du refinancement de la dette publique n’augmente pas. La place de Paris n’a d’ailleurs manifesté au cours des derniers mois aucun signe de décrochage vis-à-vis des autres places mondiales. Compte tenu du caractère anticipatif du fonctionnement des marchés, cette stabilité est une forme de vote de confiance, attestant que le programme de François Hollande n’est pas perçu comme une menace par les investisseurs.

Des mesures attendues par le secteur financier lui-même?

Les acteurs du secteur financier sont par principe hostiles aux régulations susceptibles d’affecter la rentabilité de leurs investissements ou les revenus qu’ils en tirent. Toutefois, ils sont également les témoins privilégiés des dysfonctionnements et des risques d’un système excessivement dérégulé. Certains ont essuyé de lourdes pertes du fait de la spéculation – la faillite de la banque Dexia aura par exemple couté quelques 20 milliards d’euros. Ainsi, au coût supposé des réformes – plutôt limité si on se réfère aux différentes estimations – se voient opposés des bénéfices significatifs par nombre d’opérateurs de marché eux-mêmes.

Nombreux sont ceux en effet qui soutiennent des mesures clés du programme de François Hollande, telles que la séparation des activités bancaires, même lorsqu’ils ne sont pas du même bord politique. Cette prise de conscience nouvelle a été paradoxalement encouragée par l’évolution des pays anglo-saxons, qui, après avoir promu et mis en oeuvre la dérégulation des marchés financiers, s’engagent activement dans le sens de la re-régulation du secteur. Cette évolution ne se fait pas sans certaines résistances de la part de la City et de Wall Street, mais le sentiment général est à l’acception de réformes jugées indispensables. Et les autorités britanniques et américaines parviennent à mettre en place ces nouvelles règles – en particulier pour séparer les activités bancaires – sans générer d’insurmontables appréhensions sur les marchés.

Une personnalité qui rassure

Une autre dimension de l’analyse tient probablement à la personnalité du candidat socialiste. Il peut être hasardeux de se livrer à une analyse psychologique des réactions des investisseurs, mais cet exercice est nécessaire pour les comprendre dans le contexte d’une élection fortement personnalisée. A en juger par les différents sondages, la candidat Hollande convainc par sa capacité à rassembler et son efficacité. Ainsi les marchés anticipent une mise en oeuvre des réformes fondée sur un effort de concertation et une volonté de préserver les intérêts économiques de la France.

L’autre qualité nécessairement appréciée des investisseurs est la prévisibilité des réformes. Sur ce point, François Hollande aura veillé à expliciter son projet pendant de longs mois, il a défini sa feuille de route et présenté le détail de ses réformes comme aucun autre candidat à cette élection ne l’aura fait. Il entretient de fait une relation avec les principaux responsables financiers dans laquelle se mêlent la volonté du changement – l’ambition de mettre au pas la finance de manière organisée – et une confiance nouée au travers du temps et des expériences passées, notamment à la Commission des finances de l’Assemblée Nationale.

Un programme réaliste et juste

L’élection présidentielle de 2012 – à la différence de celle de 1981 – n’est pas porteuse d’espoirs sans rapport possible avec la réalité. Une alternance politique modifierait les équilibres sociaux, mais ne compromettrait pas la capacité de la France à réduire ses déficits. Chaque proposition du candidat Hollande a fait l’objet d’un chiffrage précis, en cohérence avec la trajectoire des finances publiques qui doit conduire à l’équilibre budgétaire en 2017. Les avancées sociétales seront d’une ampleur historique, avec par exemple la légalisation du mariage homosexuel ou des droits de fin de vie, et le projet social ne manque pas d’ambition, avec notamment la création de 500 000 emplois de génération et de 60 000 postes dans l’éducation nationale. Mais sur les fondamentaux financiers, la discipline prévaudra – constituant la contrepartie aux efforts demandés au secteur financier.

Enfin, la rupture avec le dogme de l’austérité est un autre élément de convergence sur lequel se fonde la relation qui se dessine entre François Hollande et les acteurs financiers. Standard & Poors (S&P) avait déjà souligné en janvier dernier dans le rapport qui accompagnait la dégradation de la note de la France, que les politiques d’austérité sont un facteur aggravant dès lors qu’elles ne sont pas accompagnées de mesures de soutien à la croissance. Ce revirement de S&P, qui s’est longtemps fait le chantre de la baisse des déficits  »à tout prix », marque une inflexion sensible de la perception qu’ont les marchés financiers des priorités économiques. Sur ce point, un nombre croissant d’acteurs de marché partagent les vues du candidat Hollande: sans croissance, pas de sortie de crise ni de remboursement de la dette possibles.

Les marchés financiers voteraient-ils Hollande dimanche? Les réformes bancaires et fiscales du candidat socialiste s’inscrivent dans la perspective mondiale de lutte contre des excès de la dérégulation financière. Elles sont ambitieuses, mais acceptables aux yeux des marchés tant les dysfonctionnements du système financier sont nombreux. L’homme inspire confiance. Son programme d’ensemble est crédible, cohérent avec les engagements budgétaires de la France et les convictions qu’il défend depuis de nombreuses années. A la différence de 1981, une victoire socialiste aurait donc peu de chance de déstabiliser les marchés financiers, permettant une mise en oeuvre efficace et rapide de réformes indispensables.

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