Les dernières déclarations du candidat Sarkozy à l’épreuve des faits et des chiffres

Le débat du second tour s’est achevé et avec lui le temps de la campagne. Si chacune des deux parties a des arguments à faire valoir, elles ne sont pas égales lorsqu’on examine l’objectivité avec lesquelles les chiffres et certains faits économiques sont reportés. Dans ce difficile exercice que représente un face-à-face décisif de deux heures trente, François Hollande a pu manquer parfois de précision: il estime par exemple la hausse du gaz à 60% depuis 2000, alors qu’elle est en fait de près de 70%. Difficile pourtant d’y voir là une véritable volonté de manipuler, ce type d’approximation étant assez rare chez lui et ne servant pas nécessairement son propos.Dans le cas du président sortant, ses déclarations reposent parfois uniquement sur des libertés qu’il prend avec la réalité et qui deviennent donc des déclarations sans fondement. Parmi les plus marquantes, notons celles concernant:

  • Le bilan « pas si négatif » de la majorité en matière de chômage. A la clé, un chiffre – le calcul du chômage selon les normes du BIT – et une augmentation de « seulement »422 000 d’après le président sortant. Ce chiffre pose problème car il sous-évalue largement la réalité économique et sociale du chômage en excluant les personnes ayant travaillé ne serait-ce qu’une heure dans la semaine de référence. Ainsi, les statistiques utilisées par François Hollande (un million d’ emploi perdus, 720 000 chômeurs supplémentaires dans la catégorie A), qui sont les données officielles du gouvernement français, reflètent bien plus précisément la complexité et l’étendue du chômage en France.
  • Les gains de pouvoir d’achat des ménages grâce aux heures supplémentaires. Sarkozy les évalue à 500 euros annuels, alors que les études concluent à une hausse moyenne de 350 euros annuels par travailleur. D’ailleurs, ces hausses ne sont en réalité qu’un maintien de pouvoir d’achat par un allongement du temps de travail, l’alourdissement des prélèvements obligatoires – et notamment de la TVA – ayant grevé l’essentiel des bénéfices annoncés.
  • La répartition de l’effort fiscal entre les riches et les autres, le candidat annonçant ne pas avoir fait de cadeaux aux riches, malgré la suppression de l’ISF, le bouclier fiscal et le développement des niches fiscales en début de mandat. Dans la réalité, la hausse récente du taux de la tranche supérieure du barème de l’impôt sur le revenu ne vient nullement compenser les largesses octroyées aux ménages aisés sur l’ensemble du quinquennat. Elle reste aussi sans rapport avec la hausse de la pression fiscale subie par les ménages les plus modestes.
  • Le niveau des prélèvements obligatoires français, qui serait le plus « élevé en Europe ». La Commission Européenne a déjà précisé que pour l’année 2011 – dernière année de référence – la France se situait au 7ème rang européen en la matière et qu’ il existe un différentiel de 5% (du PIB) entre le taux de pression fiscale dans notre pays et le taux le plus élevé en Europe.
  • L’évolution des comptes extérieurs de la France. Le candidat Sarkozy suggère que le problème remonte au quinquennat Jospin, se fondant sur une donnée partielle du solde commercial en 2000 et 2001. En réalité, se restreindre uniquement aux échanges de biens n’est absolument pas justifié d’un point de vue économique, et conduirait à la conclusion fausse que la France est (presque) toujours en déficit. Ainsi en 2000 et 2001 le solde de la balance commerciale des biens et services de la France est excédentaire. Surtout, cette polémique semble vouloir masquer l’incapacité des administrations Chirac et Sarkozy à répondre aux problèmes structurels que pose la récurrence de déficits extérieurs importants. Dans le contexte d’un euro cher, le candidat sortant n’a pas su trouver les relais nécessaires au redressement de la compétitivité de nos entreprises.
  • Le rôle des 35 heures dans l’évolution de la compétitivité française. Cette antienne sarkoziste relève ici aussi de la fiction économique. Non seulement les Français travaillent en réalité 41 heures par semaine en moyenne, selon Eurostat, mais en plus il ne semble pas y avoir de corrélation entre durée hebdomadaire du travail et compétitivité. On travaille par exemple plus d’heures par semaine en Espagne (41.9) qu’aux Pays Bas (40.8), alors que les performances commerciales néerlandaises sont rapport avec celles de nos voisins ibériques.

Pourquoi importe-t-il de reporter ces contre-vérités? 

Parce qu’elles sous-tendent l’ensemble d’un projet, dont la crédibilité se voit ainsi profondément compromise. Parce qu’elles auront justifié des choix économiques dans l’ensemble néfastes cinq années durant alors que notre économie subissait une crise inédite. Parce qu’elles attestent d’une approche insincère du débat public, et posent des questions déontologiques sur la nature du pouvoir qu’il reviendra aux citoyens français de trancher dimanche.

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