60 000 emplois dans l’éducation nationale: une réponse durable pour un enjeu de long terme 

Communiqué de presse

Mardi 8 novembre 2011, le chef de l’État a rappelé lors d’un déplacement à Strasbourg que l’embauche de 60 000 enseignants dans l’éducation nationale engagerait les finances publiques jusqu’au terme de leur carrière, et donc au delà de 2017. Il a omis cependant de préciser que ces embauches seraient compensées par des départs, donc sans implication financière. Il surtout oublié qu’elles sont rendues nécessaires par la croissance attendue de la population des moins de 20 ans sur les prochaines décennies et que les bénéfices économiques et sociaux de ces investissements dans l’éducation seront substantiels. 

« On n’embauche pas un fonctionnaire pour cinq ans ». C’est heureux, car la croissance de la population des moins de vingt ans devrait se poursuivre durant les années et décennies qui viennent. Selon l’INSEE, cette population devrait croître de plus de 200 000 d’ici la fin 2017, et d’environ 700 000 d’ici 2050. Dans le même temps, il faudra répondre aux besoins croissants de notre économie en compétences de haut niveau. Ainsi les embauches proposées constituent une réponse durable à un enjeu de long terme: adapter notre système éducatif aux besoins des futures générations et de notre appareil productif.

Ce choix est d’autant plus pertinent que la France fait partie des pays industrialisés où l’investissement éducatif est le plus rentable, en particulier pour l’éducation supérieure, devant les pays scandinaves. Le corps enseignant est le point d’accès des jeunes aux études et facilite ainsi leur accès au marché du travail. Embaucher des enseignants c’est investir dans le capital humain des futures générations et créer des compétences pour l’avenir. Ainsi, ces embauches contribueront à réduire à moyen terme le chômage des jeunes, tout en réduisant les inégalités sociales au sein d’une même classe d’âge.

En retour, le secteur public tirera profit de ces investissements dans l’éducation, car l’accumulation des compétences favorise une élévation des salaires et donc des recettes fiscales au travers de l’impôt sur le revenu et des cotisations sociales. L’investissement dans l’éducation accroit donc simultanément les taux de rendement public et privé de l’éducation, et l’embauche d’enseignants constitue un relais de croissance économique particulièrement adapté dans la période de mutation que traverse notre économie.

A l’inverse, les suppressions de postes et l’inaction des gouvernements depuis dix ans sur le front de l’éducation ont déjà un coût social et économique important. La baisse des ressources disponibles a directement affecté le niveau des étudiants, avec par exemple une augmentation de près de 20% de la part des élèves les plus faibles en terme de compétences générales au collège entre 2001 et 2009. A leur majorité, plus de 20% des jeunes ont des difficultés de compréhension ou une maîtrise fragile de la lecture et sont confrontés à des obstacles majeurs en terme d’intégration professionnelle. La dégradation des conditions d’études a accentué la marginalisation des zones d’études prioritaires et enfermé dans le cercle vicieux de la pauvreté et de l’assistance une part croissante de la jeunesse. Ainsi, le taux de chômage des jeunes titulaires du brevet ou non diplomés a progressé de 32 % entre 2003 et 2010, ajoutant aux souffrances individuelles un coût socio-économique dont notre société doit prendre la mesure.

A retenir 

  •  La création de 60 000 emplois dans l’éducation nationale répond aux besoins démographiques de la France, avec une hausse attendue de la population des moins de vingt ans de 200 000 d’ici 2017 et de 700 000 d’ici 2050.
  •  Elle constitue un investissement au rendement positif tant au niveau public qu’individuel, et un relais de croissance à travers l’accumulation du capital humain des futurs travailleurs.
  •  Son coût, qui sera pleinement compensé par des suppressions de postes, demeure sans rapport avec le coût socio-économique de la paupérisation du système éducatif français, laquelle a déjà contribué à la marginalisation durable d’un grand nombre de jeunes sur le marché du travail.